Partager l'article ! Le familistère Godin à Guise (Aisne): Au début du XIXe siècle, la région est agricole et pauvre, mais il existe une tradition du travail ...
Au début du XIXe siècle, la région est agricole et pauvre, mais il existe une
tradition du travail des métaux.
1817 : naissance de Jean Baptiste André Godin. Son père est serrurier.
A partir de 1835, JBA Godin est compagnon et vit dans les grandes villes du Midi. Il découvre alors le prolétariat urbain, et il se laisse séduire par le saint-simonisme.
A 20 ans, il reprend l'atelier familial qui fabrique déjà des appareils de chauffage. Il se marie une première fois mais son union est de courte durée.
En 1840, il dépose un brevet d'invention (le 1er d'une longue série) : substituer la fonte à la tôle dans les appareils de chauffage. La tôle s'use et garde peu la chaleur, alors que la fonte
peut être moulée, elle est très résistante, elle stocke la chaleur et la restitue.
En 1842, il découvre Charles Fourier qui propose un nouveau système d'organisation de la société à travers le pacifisme (l'association plutôt que le conflit des classes), et le pragmatisme : il
veut tester son modèle dans un microsystème : le phalanstère, groupe de personnes rassemblées dans une phalange, selon l'idée que l'environnement conditionne le développement de l'individu, il
faut donc faire vivre ensemble des individus dans un environnement propice à leur épanouissement.
Fourier croit aux vertus de l'éducation, et il est un féministe convaincu. Godin milite actvement au sein de l'école phalanstérienne fouriériste.
En 1846, Godin s'installe à Guise car l'atelier familial est devenu trop petit. Il projette de donner un développement industriel à son affaire mais il n'y a ni route, ni chemin de fer, l'Oise
n'est pas praticable et il n'y a pas de marché. Mais la main d'oeuvre est plus docile qu'en ville. Il arrive à Guise avec 30 ouvriers et y installe sa fonderie.
En 1848, il est témoin des événements révolutionnaires à Paris. Il est candidat à la Constituante sur une liste d'extrôme-gauche et se présente en dernière position. Il est alors catalogué et
perquisitionné chez lui, et il perd tous ses procès en contrefaçon. Il projette de partir créer une annexe à Bruxelles, un entrpôt qui devient une usine (1865-1870).
Il projette aussi de partir aux Etats-Unis, terre vierge où on a inventé le concept d'association. il pense au Texas car il n'y a rien, tout est à bâtir. Godin est un mécène au sein de la Société
de colonisation du Texas qui acquiert des terres pour installer un phalanstère, à partir de 1854. Il consacre le tiers de sa fortune dans cette affaire qui échoue car il manque un meneur d'hommes
: Godin était sur le pojnt de partir mais son affaire prospère. Il innove dans les productions industrielles, ex : l'émaillage de la fonte qui donne une dimension esthétique à l'appareil. Il
innove aussi dans les techniques de production pour alléger le travail manuel et augmenter la productivité, ex : le moulage mécanique de la fonte.
Godin est convaincu qu'il faut associer le personnel à la marge d'entreprise. Il crée les groupes et unions de groupes pour discuter des améliorations à apporter. Il étudie l'individu en groupe,
et il décide de tester ses idées sur sa population.
Le familistère est construit entre 1859 et 1883. Les progrès de la société sont marqués dans les progrès de l'habitation. Godin veut regrouper dans un seul lieu l'ensemble de la population et il
vit dans un appartement du famistère avec sa femme. La taille des appartements dépend de la taille de la famille qui y vit. L'habitat individuel est pour lui la marque de l'individualisme et de
l'égoïsme, et il veut permettre l'union des classes. Mais tous les ouvriers ne vivent pas au familistère, ça se mérite, il faut faire preuve de moralité. Il se préoccupe surtout de l'hygiène, en
vertu de trois principes : l'air, l'eau (à tous les étages) et la lumière (grandes fenêtres de chaque côté des appartements).
Il fait construire une école (la scolarité est obligatoire jusqu'à 14 ans) et un théâtre (qui remplace l'église). Le théâtre est un temple pour la solidarité, la mise en commun et la vie
collective. Il joue un rôle moralisateur, ex : conférences dominicales du patron au théâtre. Godin est déiste mais anticlérical, il rédige son propre catéchisme pour ses écoles.
La natalité baisse progressivement au familistère, parrallèlement à la hausse du niveau de vie. Les naissances hors-maraige, au début élevées, finissent par disparaître (s'il y a des unions
libres ou des filles-mères, elles accouchent ailleurs).
Parrallèlement à la prospérité de l'entreprise, Godin fait de nouvelles expériences sociales. Il met en place une fonction démocratique où les femmes peuvent voter. Il veut faire disparaître le
salariat vers l'émancipation totale, et répartir les bénéfices selon les mérites et besoins de chacun. En 1880, c'est la fondation juridique de la société du familistère, l'Association du
familistère de Guise, un complexe coopératif de production, consommation, habitation. C'est l'exemple le plus achevé de l'économie sociale pratiquée ou solidaire. Godin est un associé du système
coopératif et il transmet sa part à son personnel. En 1905-1910, l'ensemble du personnel a 100% des parts. Il met aussi en place une protection sociale et un système de retraite.
Godin mène une carrière politique : entre 1871 et 1876, il est député à la Constituante, sur les bancs de l'extrême-gauche. Il fait des propositions sur l'organisation du travail en syndicats,
sur les prud'hommes, sur une organisation internationale de la paix, et il préconise une organisation intégrée de l'Europe.
En 1888, Godin décède, c'est la fin de de la créativité et de l'innovation sociale au familistère.
En 1968, l'entreprise est en déconfiture. Elle est transformée en S.A., les parts sociales deviennent des actions et sont vendues au groupe belge Le Creuset qui rachète la marque. Seule la partie
industrielle est conservée, le reste est vendu, y compris le familistère (les appartements sont vendus à l'unité).
En 1986, les Cheminées Philippe rachètent l'entreprise.
En 1996, débute le projet Utopia qui veut appréhender le site dans son ensemble, car la propriété divisée ne peut pas fonctionner. Des financements sont recherchés auprès des conseils régionale
et général, de l'Etat et de l'Union européenne. Le projet est mis en oeuvre en 2000 par le biais d'un contrat de plan Etat-Région pour 2000-2006 avec l'aide du FEDER.
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site du familistère
Ballades en Picardie