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L'abbaye de Saint-Valery-sur-Somme au Moyen-âge

bâtiments conventuelsSituée à l'embouchure de la Somme, cette abbaye serait la première en Picardie. Elle joua un rôle important dans la christianisation et la mise en valeur de la Picardie maritime, et son influence s'étendait jusqu'en Bretagne, en Angleterre et en Hollande.
Le but de cet article est d'éclaircir l'histoire de cet établissement rendue obscure par le manque de sources.

La fondation et les débuts de l'abbaye

C'est au début du VIIe siècle que vint s'installer saint Valery (Galari, Galarici) sur les hauteurs de Leucone ou Leconaus, seul port naturel des côtes environnantes. Le site choisi par Valery fut apparemment déjà un sol sacré pour les Gaulois, probablement les Grecs puis les Romains. Des restes de fanum ont été retrouvés sur le site même de l'ermitage.
La vie de saint Valery reste mal connue. Il serait né vers 565 en Auvergne et aurait décidé à l'âge de 16 ans d'entrer au monastère bénédictin d'Autume, où il reçut la tonsure. Trois ans plus tard, attiré par les préceptes de saint Colomban, il entra au monastère de Luxeuil (Haute-Saône). Ce dernier lui enseigna ses méthodes d'évangélisation pour prêcher dans les campagnes, et vers 614, un autre moins, Valdolène, persuada Valery de l'accompagner évangéliser le monde rural.. Entre 614 et 616, les deux hommes arrivèrent à Leucone et auraient alors demandé au roi Clothaire II la permission de s'y installer. Le roi leur aurait alors donné le mont Leucone.

L'abbaye tire donc son origine d'un ermitage accompagné de deux cellules. D'après les sources, Valery semblait appliquer la règle de saint Colomban, car il aurait respecté une ascèse rigoureuse, ne se nourrissant que de pain et d'eau comme principal repas et jeûnant régulièrement pendant une semaine.
Valery évangélisa dans le Ponthieu, le Vimeu, dans toute la Normandie méridionale et surtout dans le pays de Caux où des églises lui furent dédiées (à Fécamps, Fontaines-le-Malet, Etretat, Saint-Valery-sous-Bures).

D'autre part, il est souvent fait mention de récits de miracles accomplis par le saint, surtout en matière de guérison. Cette réputation de guérisseur aurait attiré plusieurs disciples,  dont saint Blimont qui aurait été guéri par saint Valery et qui devint le premier abbé.
bas-côté nord de la nef
Après la mort de Valery en 622, sa sépulture devint un lieu de pèlerinage, tout comme la fontaine située à proximité et qui avait la réputation de guérir la maladie de la pierre. La plupart des reliques du saint furent conservées à Saint-Valery, et d'autres se trouvaient dans les abbayes de Saint-Riquier, Méréaucourt et à Saint-Lucien de Beauvais.

Peu après la mort de Valery, le monastère semble avoir été détruit par un raid barbare et les moins se dispersèrent. Vers 627, saint Blimont, qui s'était réfugié dans l'abbaye de Bobbio en Italie, fondée par saint Colomban, revint à Leucone et demanda à Clotaire II de redresser le monastère et de bâtir une église en l'honneur de saint Valery, ce qui lui fut accordé.

A partir du quatrième abbé, Théodin, qui vécut au début du VIIIe s., la liste des abbés s'interrompt jusqu'en 980. Le premier événement connu au cours de ces trois siècles est le passage de Charlemagne à l'abbaye après avoir fêté les Pâques de l'an 800 à Saint-Riquier. Durant les raids normands des IXe et Xe siècles, l'abbaye et la ville furent pillées et incendiées. Le corps de saint Valery aurait alors été caché dans les souterrains de Saint-Omer (Pas-de-Calais) pour y être protégé. Mais les moines s'étaient dispersés et l'abbaye tomba aux mains des séculiers. Les reliques de saint Valery furent vendues au comte de Flandre et emmenées à Montreuil.

En 980, Hugues Capet mena une expédition contre le comte de Flandre et reprit les reliques du saint, qu'il restitua à l'abbaye. Le corps de Valery aurait été remise en place les 2 et 3 juin 980 et la ville de Leucone prit le nom de Saint-Valery. Hugues Capet restaura aussi le monastère en y introduisant la règle bénédictine et en faisant venir des moines de Saint-Lucien de Beauvais. Il dota l'abbaye de quelques terres et fut imité par les nobles locaux.

L'organisation et le fonctionnement de l'abbaye

En général, vingt à trente moines vivaient entre ses murs. L'enclos abbatial s'organisait autour des lieux réguliers, de deux maisons, d'une ferme et de l'église dédiée à saint Nicolas, siège d'une paroisse qui desservait le château de Saint-Valery, Ribeauville et Routhiauville. La surface cultivable était surtout occupée par des pommiers, un jardin dans la partie sud-ouest de l'enclos et une immense pâture au sud (source : Monasticon Gallicanum).
monasticon gallicanum
L'abbaye fut pillée, incendiée voire détruite à plusieurs reprises, mais c'est au cours de la Guerre de Cent ans qu'elle fut le plus touchée. Après 1350, les Anglais installèrent leurs quartiers au sein de l'abbaye, ils la démantelèrent et réédifièrent l'enceinte à l'aide des matériaux des tours de l'église abbatiale. La cloche fut fondue pour produire des armes. En 1451, il ne restait plus qu'une dizaine de moines. La ville, finalement reprise par les Français, fut brûlée sur ordre de Louis XI afin que le roi d'Angleterre ne la lui demande pas comme gage de paix. L'abbé Nicolas d'Ellecourt (1482-1517) redressa l'abbaye et restaura l'observance régulière.

L'influence spirituelle de l'abbaye était relativement étendue grâce aux églises dont la cure était à la nomination de l'abbé. Ces églises se situaient généralement dans les villages où l'abbaye possédait des domaines étendus (jusqu'à Quend au nord et jusqu'au prieuré de Méréaucourt au sud-est).

La plupart de ces domaines se situaient dans des zones maritimes ou marécageuses. Ces terres, gagnées sur la mer, asséchées ou bien remplies de tourbe, exigeaient une maîtrise des techniques de mise en valeur : drainage, assèchement, voire poldérisation. Les zones marécageuses entre Cayeux et Ault et celles du Marquenterre fournissaient de nombreuses ressources, telles que l'herbe, la tourbe comme combustible, les roseaux et les joncs pour la couverture, le bois, l'osier et le cresson.
Les sources mentionnent l'existence de salines dans quelques villages (Rue et Saigneville). La première information sur une digue (ou cauchie) élevée sur un marais de l'abbaye date du XIIIe siècle. Mais les ravages de la Guerre de Cent ans ruinèrent en partie ces efforts, le manque d'entretien et le passage des troupes favorisant le retour de la mer sur ces terres.

L'abbaye possédait en outre des domaines plus lointains :

- Le prieuré de Saint-Galery en Bretagne qui aurait été fondé par Etienne Goyon, de la famille des Goyon-Matignon, à son retour de la deuxième croisade. Avant son départ, Etienne aurait demandé à saint Valery de lui assurer bon vent et protection durant son périple. Son voeu ayant été exaucé, il fit bâtir une chapelle en l'honneur de saint Valery. Au début du XIIIe s., une cella placée sous le vocable de saint Galery, diocèse de Saint-Brieuc, apparaît dans les sources. Le clerc de ce prieuré, nommé par l'abbé de Saint-Valery, devait faire parvenir une rente annuelle, mais qui n'était pas perçue régulièrement. En 1259, l'abbaye céda son prieuré et les domaines en dépendant aux cisterciens de Saint-Aubin en échange d'une rente annuelle. En 1304, les moines échangèrent cette rente avec les moines de Valloires contre des droits et tenures à Favières.
mur
- Les possessions anglaises remontent à 1068. La promesse de cette donation fut faite deux ans plus tôt, lorsque Guillaume de Normandie dut relâcher dans le port de Saint-Valery à cause de vents contraires. Guillaume fit organiser une procession des reliques de saint Valery à travers la ville et promit à l'abbaye d'importantes donations en cas de réussite. Le lendemain, les vents avaient tourné et Guillaume put reprendre la mer pour conquérir l'Angleterre, accompagné de seigneurs picards recrutés lors de l'escale.
Le monastère fut donc doté par le nouveau roi d'Angleterre du prieuré de Takeley dans le comté d'Essex, à 50 km au nord-est de Londres, et avec toutes les terres et droits s'y rattachant. Des nobles picards dotèrent l'abbaye de terres dans le comté de Cambridge, à 50 km au nord de Londres, et dans le diocèse de Salisbury, au sud-est de Londres, à 40 km de la côte.
Tous les actes se rattachant à ces donations ainsi qu'aux droits sur les domaines sont conservés aux archives du New College à Oxford. Il apparaît que les donations faites à l'abbaye se composaient de surfaces boisées, marais, viviers, pâtures, dîmes, droits sur les hommes et les églises, dont certaines se trouvaient sous le vocable de saint Valery. En 1163, tous les domaines anglais et les droits s'y rattachant furent confirmés par une charte de Henri II. L'abbaye bénéficiait pour ses terres d'exemptions de taxes, telles que le danegeld (impôt pour lutter contre les invasions scandinaves), ou tout droit de coutume pouvant être réclamé par un seigneur.

Les moines qui dirigeaient le prieuré anglais, prieurs ou procurateurs, étaient issus de l'abbaye et devaient lui faire parvenir une rente annuelle. La plupart des terres du comté d'Essex semblent avoir été affermées. Dès 1309, le comte de Boulogne accorda aux moines et à tous les hommes à leur service le droit de circuler librement à travers ses terres, pour aller en Angleterre ou pour en revenir.
Mais la Gerre de Cent ans  perturba l'exploitation des domaines, et ce d'autant plus lorsque Edouard III confisqua les biens anglais de l'abbaye moyennant une rançon contre leur restitution. En 1380, l'abbé obtint l'autorisation pontificale d'aliéner les terres outre-Manche. William de Wykeham, évêque de Winchester et fondateur du New College d'Oxford et du Winchester College, racheta les terres. En 1391, le New College hérita des biens situés dans l'Essex, tandis que le Winchester College se vit attribuer les terres du Middlesex.
sceau
- Le prieuré d'Overasselt, situé au sud-est de Nimègue, a dû devenir une possession de l'abbaye durant l'époque carolingienne, lorsque l'unité de l'empire regroupait les deux régions au sein d'un même ensemble. En 952, un arrêté émanant du roi de Germanie Othon Ier le Grand confirmait à l'abbaye la possession du prieuré d'Overasselt avec ses terres, ses dîmes et toutes ses dépendances.
L'établissement était géré par deux moines issus de l'abbaye et remplacés tous les deux ans. Ces hommes exerçaient un droit de patronage et de nomination sur l'église paroissiale d'Overasselt. Les revenus de cette paroisse étaient partagés entre le curé et les moines.  Au début du XIVe s., le comte de Gueldre exempta les religieux de toutes taxes et impôts et garantit sa protection à l'établissement religieux.  Le prieuré fut aussi exempté de la dîme levé par l'archevêque de Cologne pour mener la guerre contre les Turcs. Les moines conservèrent ce prieuré jusqu'au XVIIe siècle.


Les relations de l'abbaye avec le monde séculier

- Les relations avec les habitants de Saint-Valery

Dès les donations de Clotaire II et de Dagobert au VIIe s., aujourd'hui perdues ou jugées fausses, l'abbaye possédait toute juridiction spirituelle sur la ville, et elle en exerçait le droit. La commune de Saint-Valery fut vraisemblablement créée vers les XIe-XIIe s.
En 1232, un violent conflit opposa les religieux aux habitants. Ces derniers interdirent toute relation commerciale entre l'abbaye et l'extérieur en barrant la route aux hommes venus approvisionner le monastère. Le maire et les échevins furent alors excommuniés, puis ils promirent de ne plus recommencer et furent absous. Mais les violences contre les moines reprirent et les mêmes hommes furent de nouveau excommuniés. Les habitants emprisonnèrent alors les sergents au service de l'abbaye en les laissant mourir de faim. L'abbé fit faire une procession en l'église Saint-Martin dans la ville haute, afin d'en ramener le viatique, le chrême et l'huile sainte. A cette occasion, les habitants séquestrèrent les moines en les enfermant pendant 3 jours sans nourriture et n'ayant que de l'urine en guise de boisson. Durant cette séquestration, les habitants parodièrent une procession religieuse en aspergeant les lieux saints d'eau non bénite et ils brûlèrent les portes de l'église, ainsi que l'image de la Vierge. mur d'enceinte
Une fois libérés, les moines s'en remirent au Saint-Siège. Grégoire IX émit alors deux bulles. La première désignait deux arbitres : l'archidiacre d'Amiens devait exposer les faits au pape, excommunier les habitants et leur imposer une pénitence ; l'archevêque de Rouen était chargé de surveiller le seigneur de Saint-Valery pour qu'il rende les habitants à la raison. La seconde bulle était destinée à Robert IV de Dreux, seigneur de Saint-Valery, soupçonné par le pape de n'avoir rien fait pour stopper la révolte, alors qu'il y était tenu en sa qualité de défenseur du monastère. Le pape lui intima l'orde de rebâtir ce qui avait été détruit, de redresser le monastère et de punir les coupables. Tous les représentants de la commune et 36 habitants devaient implorer le pardon de l'abbé ou du prieur. Ces mêmes personnes devaient ensuite se rendre aux principaux établissements ecclésiastiques de 11 villes (Amiens, Corbie, Saint-Riquier, Abbeville, Montreuil, Beauvais, Rouen, Saint-Ouen, Eu, Le Tréport, Aumale), afin d'obtenir leur absolution. Enfin, le maire et 12 habitants devaient se rendre à Rome et en ramener des lettres d'absolution pontificale. Robert de Dreux abolissa la commune en instaurant les religieux maîtres de toute association villageoise. Un éventuel rétablissement de la commune était laissé au libre arbitre du seigneur de Saint-Valery, mais il dépendait de l'accord de l'abbaye. Une reconstruction du beffroi ne pourrait se faire que sur une terre dépendante de l'abbaye. L'abbé et les moines furent investis du pouvoir de nommer les représentants communaux. Jusqu'au rétablissement de la commune en 1376, la ville resta sous tutelle abbatiale.
Ce rétablissement fut rendu possible grâce au changement dynastique qui fit passer la seigneurie de Saint-Valery aux mains du comte d'Artois. Le texte du rétablissement rappelle d'abord l'insistance des habitants auprès du comte. Suivent 46 articles indiquant les nouveaux privilèges accordés aux Valéricains. Aussitôt, l'abbé se plaignit auprès du comte de n'avoir pas été convié aux discussions. En 1383, un accord fut scellé entre les religieux et Jean d'Artois, leur assurant le droit d'élire maire et échevins, ainsi que de recevoir leur serment. Les moines furent également reconnus seigneurs de la ville en matière de juridiction et de justice foncière.

- Les relations entre l'abbaye et le seigneur de Saint-Valery
La base des tensions repose sur la qualité d'avoué du seigneur. En tant que tel, il devait être le défenseur de l'abbaye et de ses biens. Or, l'origine de la seigneurie laïque de Saint-Valery reste obscure. Ses premières mentions datent du IXe s., puisque le seigneur de Saint-Valery aurait appartenu aux 59 barons institués par Charlemagne. Lors de la restauration de l'abbaye en 980, Hugues Capet aurait remis au seigneur la charge de défendre et de prêter hommage à l'abbaye. Par conséquent, le seigneur devait défendre les intérêts temporels du monastère, le protéger par les armes et lui rendre justice. Il est en outre avéré que le château et la garenne seigneuriale relevait de la seigneurie ecclésiastique.ruines
Au fil des siècles et au gré des alliances matrimoniales, la seigneurie passa aux mains de familles de plus haute noblesse et davantage dotées. Jusqu'au XIIIe s., les seigneurs successifs grossirent leurs domaines principalement dans le Vimeu. En 1227, la maison de Dreux hérita de la seigneurie. D'après les sources restantes, c'est à cette époque que débutèrent les conflits avec l'abbaye. Les seigneurs appartenant à cette lignée refusèrent de prêter serment à l'abbé. Ce serment reconnaissait les religieux détenteurs des haute, moyenne et basse justice à Saint-Valery. En 1321, le seigneur fut contraint de prêter serment. En 1352, Jean d'Artois épousa la veuve du comte de Dreux, mort sans héritier. Le comte d'Artois empiéta sur certains droits d'un monastère dont son droit de justice. Chaque fois, le seigneur fut débouté de ses prétentions.
En 1371, un accord fut enfin conclu entre les deux parties. Le comte reconnaissait les droits de l'abbaye et il fut admis que ses successeurs étaient déchargés du serment de fidélité. Mais les rivalités se perpétuèrent. Une transaction fut scellée en 1412 afin de régler les principaux conflits après enquête. Ces conflits visaient aussi bien la ville de Saint-Valery que d'autres bourgs, principalement dans le Vimeu, où les possessions de l'abbaye et celles du seigneur pouvaient se concurrencer. Les diverses altercations semblaient dues à une mauvaise connaissance des droits de chacun. La transaction devait alors donner un jugement définitif, ainsi que régler les questions de juridiction spirituelle de la part de l'ababye sur les habitants de Saint-Valery. Le contrôle des moines sur le baptême, le mariage et les droits de succession semblaient peser lourd sur les Valéricains, puisque le texte fait état de plusieurs plaintes.  Ces plaintes concernaient notamment les taxes prélevées par les religieux lors de la rédaction d'une lettre d'autorisation pour un mariage, ou encore la taxe sur les héritages. Une fois sur deux, les moines furent déboutés de leur prétention.

- Les relations avec le clergé séculier
Les tensions reposaient sur l'exercice de la juridiction épiscopale sur Saint-Valery, totalement rejeté par les bénédictins. Les procès tenus dès le début du XIIe s. se perpétuent jusqu'à la Révolution, sans qu'une solution ne soit réellement trouvée. D'après les sources, les conflits débutèrent en 1106 lorsque l'évêque d'Amiens voulut exercer sa juridiction sur la paroisse Saint-Martin, au coeur de la ville haute de Saint-Valery. Or, cette paroisse, tout comme celle de Saint-Nicolas-en-l'Abbaye, était censée dépendre directement du monastère. Mais les arguments des bénédictins reposaient sur un acte faux produit au sein du monastère, à savoir une bulle de Benoît VII, datée de 981, qui devait attester le privilège d'exemption. D'après ce texte, l'évêque ne pouvait se rendre à Saint-Valery que sur invitation de l'abbé. Afin de régler ce différend, le pape Pascal II s'appuya sur cet acte pour débouter les prétentions de l'évêque.
Cette querelle reprit au siècle suivant lorsque l'évêque d'Amiens réclama les droits dus à son siège par la paroisse Saint-Martin. Le pape Alexandre III chargea l'évêque de Noyon puis l'archevêque de reims de mener l'enquête et le pae délivra deux bulles favorables à l'abbaye. Les paroisses de Saint-Nicolas et de Saint-Martin étaient dispensées de payer les redevances épiscoplaes, mais les religieux et le curé officiant à Saint-Martin restaient soumis à la justice apostolique de l'évêque.
Au cours du XIIIe s., les papes confirmèrent les privilèges de l'abbaye sur la ville et ils délivrèrent aux abbés les ornements pontificaux (mitre, crosse, anneau, sandales), puis l'abbé obtint la permission de béir les vêtements sacerdotaux, les calices, les linges d'autel et les corporaux. ruines
En 1293, c'est cette fois l'archevêque de Reims qui donna la bénédictin au peuple et fit porter la croix archiépiscoplae en des lieux dépendants de l'abbaye. Là encore, l'affaire fut portée devant le Saint-Siège et, en 1301, le pape nomma deux cardinaux comme arbitres. Malheureusement la sentence fut perdue et reste inconnue.
Ces diverses altercations restent cependant ambiguës sur la réalité du privilège d'exemption à Saint-Valery. La difficulté réside dans le fait que toutes les confirmations pontificales de ce privilège s'appuient sur l'acte faux de 981. Il est en effet plausible que Hugues Capet ait confié la défense du monastère à l'avoué et sa garde morale au Saint-Siège. Il est également probable que l'abbaye et sa paroisse aient été effectivement exemptes, mais les moines ont pu étendre leur contrôle sur la paroisse Saint-Martin. Dans ce cas, lorsque l'évêque vint faire valoir ses droits sur cette paroisse; les bénédictins y étaient ancrés depuis assez longtemps por pouvoir rivaliser avec la juridiction épiscopale. Ainsi, au regard du Saint-Siège, l'abbaye était exempte depuis le XIIe s. Or, un siècle plus tôt, le cens payé à l'église romaine devint la marque soit de la protection apostolique (les biens sont inaliénables et les religieux peuvent élire leur abbé), soit de l'exemption, deux notions souvent confondues, y compris par la chancellerie pontificale.  L'abbaye ne payait donc aucune redevance à l'évêque, sauf pour les églises non exemptes. En revanche, elle payait la procuratio canonica dur au pape et répertoriée dans le Liber censuum. D'après cet ouvrage, l'abbaye de Saint-Valery est classée au même titre que celles de Corbie, Saint-Riquier et la collégiale d'Abbeville. La première mention d'un cens payé au Saint-Siège par le monastère date de 1192. En outre, le pouillé du diocèse d'Amiens de 1301 classe l'abbaye de Saint-Valery dans une partie intitulée Abbates et priores exempti et dont la taxe est évaluée à 3000 livres beauvaisiennes, Saint-Riquier étant évaluée pour quasiment la même somme. 


L'abbaye de Saint-Valery joua un rôle certain à l'échelle régionale, elle contribua à la christianisation des populations, au développement de l'exploitation agricole des terres et à la mise par écrit du droit.
En 1517, le concordat de Bologne prive les religieux du droit d'élire leur abbé. En 1518, des soeurs dominicaines installent un Hôtel-Dieu dans la ville basse.  Entre 1629 et 1644, elle entre au sein de la congrégation de Saint-Maur. Puis, elle compta parmi ses abbés un neveu du pape Sixte-Quint, deux hommes de la famille princière italienne des Bentevoglio, ainsi que l'illsutre Fénelon.
Lors de la Révolution française, l'abbaye fut vendu en 1790 comme bien national, puis démantelé. Ses archives furent transférées à Abbeville, mais le lieu de conservation prit feu et le cartulaire fut détruit.

Ballades en Picardie Ballades en Picardie


site chapelle des marins

 

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